Oui, j’ai peur

Ca faisait quelques semaines que je n’étais pas venu poster quelque chose, et hier j’ai regardé hellocoton, quelques blogs, et la vie reprendre si vite m’a parue déplacée. Alors que c’est con hein, évidemment que la vie continue, que chacun voit midi à sa porte, et que chacun fait ce qu’il peut, comme il peut aussi.

Mais à la suite de ce terrible vendredi 13, je n’arrive pas à être sereine, à tout reprendre comme avant. Peut-être parce que j’habite Paris, peut-être parce que rien qu’à quelques jours près, j’aurais pu voir l’horreur en face (comme bon nombre de parisiens, et c’est surement pour ça aussi qu’on est si choqué).

Comme beaucoup, je suis restée scotchée ce weekend devant les chaines d’informations, à la recherche de pistes surement, pour essayer de comprendre que ce que j’avais vu, que c’était une grosse hallucination, que ça n’avait pas pu se produire.

Et puis hier matin, une autre kamikaze qui se fait sauter à Saint Denis. Et là, je me suis sentie moins concernée, comme si c’était déjà beaucoup moins grave. Evidemment, dans le sens où il n’y pas eu de victimes, mais merde, on doit s’attendre à ce que ça se banalise ? A accepter que nos infos parlent d’attentats, de victimes en France ? Et aussi parce que je n’ai pas mis les pieds à Saint Denis depuis quelques mois déjà, mais j’y ai habité, j’ai aussi connu les rues qu’ils montrent à la télévision.  Le stade de France est aussi l’attentat qui m’a laissé le plus étrangère (c’est très maladroit ; mais je n’arrive pas exactement à exprimer la chose),  surement parce que je sais que je ne vais jamais voir du foot, mais, et surtout parce que ce n’était pas aussi sanglant et diabolique que les lieux touchés sur paris. Enfin, si on peut parler d’escalade de l’horreur donc…

Le Bataclan, je ne savais même pas exactement où c’était, mais rue de Charonne, j’y passe régulièrement, et les autres endroits aussi, un peu comme juste énormément de parisiens. Il n’y avait pas que des parisiens venu boire un coup, aller au concert, il y avait également juste des passants qui allaient promener leur chien, d’autre qui faisaient du vélib. On aurait juste tous pu être là.

Et quand je lis partout, j’entends sur toutes les chaines des interviewés (je pense un peu à un jeune étudiant à la Sorbonne qui est passé en interview dans le petit journal du 16 novembre) qui brandissent qu’ils n’ont pas peur, qu’ils vont s’aimer, qu’ils vont boire, chanter, baiser et s’embrasser, qu’ils emmerdent Daesh, et qu’ils vont célébrer la vie parisienne pour leur dire que rien ne nous ébranlera. Parlent-ils au nom de tous ?

Parce que je peux vous dire une chose, j’ai peur.  J’ai peur quand des sirènes de police retentissent, que des grosses cylindrées aux vitres opaques passent dans la rue, quand des scooters font un peu trop de bruit, quand je me retrouve dans un endroit avec un peu trop de monde. Quand je rentre chez moi, je prends la même rue, mais en veillant bien à me mettre du côté du trottoir avec les voitures pour pouvoir m’y cacher, au cas où.. dans les restaurants, à regarder si il n’y a pas trop de fenêtres. Ça passera, c’est sûr, mais pour le moment, c’est ce que je ressens.

Pour autant, avec le coco, on n’a pas arrêté de sortir sur paris. Le samedi, on est allé pour donner notre sang, finalement un récent voyage nous y a empêché, mais ensuite on s’est dirigé vers la rue de Charonne et ensuite le Bataclan. On ne faisait pas les fiers. Et ensuite, on est rentré parce que coco m’a dit que ce n’était pas très raisonnable. C’est bizarre, j’avais envie de voir, de me recueillir même quelques minutes.

Mais quand j’ai entendu ensuite que des pétards avaient explosés sur la place de la République (je ne sais même pas comment des gens ont pu faire une « blague » aussi morbide), j’ai pensé que j’avais un peu forcé le coco à venir avec moi, que j’aurai pu être responsable du pire, j’ai regretté. Le samedi soir, gavée de télé toute la journée, on est finalement allé chez son cousin qui était au stade de France.

Et puis nous sommes rentrés, jamais la ville n’avait paru aussi fluide. Le dimanche, nous sommes allés rue de Lappe, the rue par excellence de la jeunesse parisienne, pas un chat, c’était désert.

Je n’ai pas arrêté d’aller boire des coups en terrasse cette semaine, et pourtant, je refuse complètement l’idée que me mettre en terrasse serait une résistance symbolique, d’un, parce que sur quelques instants, j’y pense, que la nuit du vendredi 13 est dans toutes les conversations, mais surtout parce que je n’ai pas envie de dire que je lutte contre qui que ce soit en allant à une terrasse.

Je ne veux pas penser qu’en 2015 ma lutte héroïque c’est d’aller boire un demi pour dire fuck aux terroristes et montrer ma solidarité aux victimes. Je veux pas dire qu’il ne faut pas le faire, si mais pas pour ces raisons-là, pour moi, il faut le faire, parce que de un, je n’ai pas été de loin ou de près touché (donc c’est infiniment plus facile pour moi de le dire et de le faire), mais juste parce que la vie continue.

C’est juste la vie normale, on ne rendra jamais la vie à toutes ces victimes et j’ai du mal à ne pas trouver ca indécent pour les proches des victimes tous ces hastags sur les bistrots, sourire et tout ça.

Autant, pour les attentats du 7 janvier, il y avait une vraie raison et du coup, une vraie raison de se soulever et de dire « on ne s’arrêtera jamais d’être limite avec nos crayons », mais autant pour ces 3 jours de deuil national, la folie a frappé et je ne pense pas que la bonne réponse soit « je sortirai jusqu’à pas d’heure en fumant et en buvant et en profitant pour vous dire que je vous emmerde ». Je veux dire, faites-le, c’est très bien, mais peut-être pas en réponse aux attentats.

Et je pense aussi que ces terroristes de merde s’en foutent royalement de notre style de vie à la parisienne. Ils voulaient juste mettre le chaos, mais ça aurait très bien pu être un centre commercial, et alors quoi, nous aurions dû aller faire les magasins tout le samedi après-midi pour dire que nous étions solidaires ?

Peut-être que la bonne réponse c’est le soudain regain d’attrait de l’armée pour les jeunes (3 fois plus de demande d’information qu’à l’ordinaire), peut être que c’est d’être actif dans une association pour permettre à des jeunes de ne pas se perdre et se retrouver dans les valeurs de la République, peut-être c’est de s’impliquer davantage dans la politique ?

Parce que ce qui est arrivé est un mélange de politique et de folie. A une époque, on s’était désengagé de l’intervention en Irak, et c’est surement pour ça que nous n’avions pas été atteints sur notre sol. La donne a changé, on est parti au Mali, en Syrie…autant de théâtres d’opération extérieure qui sont forcément des risques à terme pour nous. Et en même temps, fallait-il y aller, ne fallait-il pas, vaste question.

Alors voilà, il y a des choses que je ne comprends pas et d’autres qui m’énervent carrément quand je vais sur Facebook ou sur les commentaires d’articles de médias traditionnels.

J’aurais encore mille choses à dire, mais je vais m’arrêter là, déjà parce que j’ai déjà peut-être dit beaucoup trop de conneries.

Et une énorme pensée aux proches des victimes.

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3 réflexions au sujet de « Oui, j’ai peur »

  1. Coucou Carole,
    Je comprends ta confusion, on est tous confus, je le suis aussi, moi qui me tiens loin de la télé, des journaux, des radios, des réseaux sociaux, des endroits où jour après jour les médias ressassent les attentats. J’ai mis une semaine à réagir, à laisser mes sentiments me parler, les écouter. Ce n’est pas facile, pour personne. Je comprends que certaines réactions te tapent sur le système ou te choquent. On galère tous, tu sais…
    Courage! Et bises

    • Oui je crois que c’est ça, je suis confuse, en colère, triste, apeurée, pleins de réactions qui ne font surement pas bons ménages ensembles. Alors je me laisse juste du temps pour réfléchir et essayer de ne pas dire trop de conneries.
      Sinon, j’avais lu ensuite ce texte la et pour le coup, il est bieeeeen mieux écrit que ce que j’ai pu dire mais ca reprend un peu les mêmes idées.
      Et toi, ca va?

      • Haha, tu m’impressionnes à ne pas vouloir dire de conneries, car chacun y va de la sienne depuis 2 semaines… 😉
        Moi je coule un peu en ce moment, pour tout plein de raisons mélangées. Mais ma maman vient la semaine prochaine, ça va me remonter le moral!
        J’espère que tu gardes le cap, toi! Bises et prends soin de toi

Au plaisir de vous lire!